Genève

Sommet mondial de l’IA: Genève doit se contenter d’ambition, faute d'argent

18.08.2026 16h14 Laure Lugon, Gilles Miélot

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La Confédération s’est battue pour obtenir ce Sommet mondial de l'intelligence artificielle, mais n’alignera finalement que six millions de francs et n’invitera pas les chefs d’État et de gouvernements. Certains dénoncent un sommet au rabais, d’autres y voient une opportunité de faire avancer les débats autrement.

Organiser une réception prestigieuse, demander aux participants de venir avec leur repas canadien et recaler les VIP. C’est un peu ce qui se passe avec le Sommet mondial de l’intelligence artificielle, qui se déroulera à Palexpo en juin 2027.

Après que la Suisse s’est battue pour obtenir l’organisation de ce sommet, avec trois départements fédéraux mobilisés, seuls six petits millions de francs sont débloqués par Berne. Les chefs d’État et de gouvernement ne seront pas invités – hormis les représentants des pays organisateurs passés et futurs. La Confédération s’épargne ainsi les coûts liés à la sécurité des présidents, étant passée en mode austérité financière. Vu l’ampleur des efforts diplomatiques pour obtenir l’organisation de ce sommet, la modestie de l’investissement interpelle.

«La Suisse a décidé de donner à ce sommet une ampleur réduite, c'est regrettable»

Fondateur de Artificial Intelligence Geneva Summit en 2017 déjà, l’avocat Nicolas Capt estime que le Conseil fédéral a pris le risque de «faire de ce sommet un événement à dimension commerciale.» Et que Genève passe à côté d’une opportunité: «C'est un signal assez étrange d'organiser un sommet, si ce n'est au rabais, en tout cas d'une ampleur moindre que celle qu'on pouvait imaginer et surtout espérer. Le budget est près de plus de deux fois inférieur à celui de Paris pour un événement similaire. Et le fait qu’il soit limité à un niveau ministériel et non pas présidentiel montre bien l'ampleur réduite que la Suisse a décidé de donner à ce sommet. C'est regrettable.»

En coulisses, de nombreux acteurs critiquent un manque d’ambition qu’ils jugent dommageable. Mais ils préfèrent taire leur déception, étant liés à la Confédération pour certains projets. D’autres font contre mauvaise fortune, bon cœur, même parmi ceux qui défendent la Genève internationale: «Ce qui est extrêmement important pour nous, c'est que les bons acteurs soient présents, tels que Claude, ChatGPT, Anthropic, estime Fabrice Eggly, directeur de la Fondation pour Genève. Est-ce que tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, peuvent créer une charte de l'IA, une charte de Genève, ou des Conventions de Genève de l'IA, seront également présents? Ce qu'on souhaiterait, c'est que ce sommet n'accouche pas d'une souris mais d’un héritage genevois.

«Une débauche de moyens pour faire la promotion des entreprises prédatrices»

Certains voient une opportunité de remettre la société civile au cœur du débat, plutôt que des têtes d’affiches: «C’est probablement une des meilleures choses qui peut arriver à ce type de sommet, qui a été jusqu'à présent une débauche de moyens pour faire la promotion des entreprises prédatrices que sont OpenAI, Facebook, Gemini, etc, lance Laura Tocmacov, directrice de la fondation impactIA. Là, finalement, c'est une opportunité qu'on a de repenser l'essence même de l'intelligence artificielle au regard du contrat social dans une société impactée par l'IA.»

Une série de pré-événements autour du sommet est prévue, les demandes d’accréditation pleuvent à Berne. Giovanna Di Marzo Serugendo, professeure d’informatique et de systèmes d’information à l’Unige, y voit une raison de se réjouir: «La venue des chefs d'État a un fort potentiel de visibilité et de symbolique, mais si on veut vraiment faire avancer la gouvernance de l'IA de manière concrète, c'est peut-être plus utile de faire venir ou de réunir des personnes qui ont un vrai pouvoir d'action au quotidien.»

Dans le contexte géopolitique actuel, l’IA est un sujet éminemment politique. Genève caresse l’espoir de devenir une place importante de la gouvernance mondiale de l’IA, laquelle aurait besoin de garde-fous. Un projet pour le coup très ambitieux.