Sur le quai Wilson, des dessins de presse face au recul des libertés
Rire avec finesse et mordant de l’actualité. Le dessin de presse persiste à une époque où la liberté d’expression se fragilise jusque sous nos yeux. Tous les deux ans à Genève, deux dessinateurs reçoivent un prix international qui salue leur engagement et leur courage. Pendant tout le mois de mai, leurs travaux, ainsi qu’une sélection des meilleurs dessins d’actualité, sont visibles sur le quai Wilson.
Des couleurs, des lignes, quelques mots: le dessin de presse dit beaucoup en quelques traits. Et sur à peine cent mètres, le long du quai Wilson, c'est toute l’actualité internationale qui s’affiche.
Cette année, la matière ne manque pas. Les libertés reculent, y compris en Occident. Une quarantaine de dessinateurs s’attaquent frontalement aux dérives autoritaires, aux conflits et aux tensions politiques, raconte patrick Chappatte, président de la Fondation Freedom Cartoonists «Les thèmes, ce sont les nouveaux empires, le retour de l’impérialisme et du colonialisme. L’intelligence artificielle aussi, abordée de manière plus alarmante. Et surtout, le recul des libertés et de la démocratie, face à des autocraties qui progressent.»
«Contribuer à mon pays à travers mes dessins»
Ces dessins, exposés au bord du lac, accompagnent le prix international du dessin de presse, remis aujourd’hui. Un dessinateur ougandais, Jimmy "Spire" Ssentongo, et une dessinatrice gazaouie, Safaa Odah, sont récompensés pour leur travail en Ouganda et à Gaza, où dessiner et critiquer ne vont pas de soi. Safaa Odah est aujourd’hui bloquée dans la bande de Gaza.
Spire, lui, vit et enseigne en Ouganda, où il continue de défier un pouvoir autocratique à travers ses dessins. «Je ne vis pas du dessin de presse, je le fais par passion, explique le caricaturiste. Mais je ressens une responsabilité : contribuer à mon pays à travers mes dessins. Je choisis mes sujets avec soin : la justice, la corruption, le pouvoir.»
Joseph Stiglitz, invité d'honneur
Retour de Donald Trump, nouvelle donne américaine: les États-Unis occupent sans surprise une place de choix parmi les dessins. Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie et invité d’honneur, goûte particulièrement à ce regard et cet humour acéré. «Un seul dessin peut faire passer un message très fort, surtout avec humour. Nous vivons dans un monde absurde — Donald Trump est absurde — mais plutôt que de simplement s’en plaindre, ces dessinateurs en font une blague.»
En parallèle, plusieurs médias ouvrent leurs rédactions à l’occasion d’une semaine dédiée à la liberté de la presse. L’exposition, elle, est visible sur le quai Wilson tout le mois de mai.