Thierry Apothéloz ne veut pas augmenter l’aide sociale des Ukrainiens
Les réfugiés ukrainiens à l’aide sociale n’auront pas un franc de plus en passant du permis S au permis B de protection. Le conseiller d’État veut ainsi s’aligner sur les autres cantons, alors que Genève est toujours à la traîne concernant le taux d’emploi des réfugiés ukrainiens.
À Genève, 88% des réfugiés ukrainiens vivent entièrement ou partiellement de l’aide sociale, ce qui représente 3972 personnes. Leur permis S leur garantit 484 francs par mois pour les besoins de base, auxquels il faut ajouter le loyer, l’assurance-maladie et les prestations circonstancielles. En changeant de statut dès mars prochain (la loi prévoit qu'au bout de cinq ans, les Ukrainiens peuvent obtenir des permis B de protection), ils auraient pu toucher le double, soit 1031 francs, comme les Suisses.
Mais le ministre socialiste Thierry Apothéloz en a décidé autrement et veut conserver le tarif réduit. Il assure que ce n’est pas la logique financière qui a guidé ce choix: «Il s’agit de s’aligner sur les autres cantons suisses. Le principe d’équité envers les autres personnes issues de l’asile, en particulier les permis F, a aussi motivé cette décision.» Cette possibilité a été accordée par le Conseil fédéral, qui a décidé par ordonnance de couper sa subvention aux cantons pour l’accueil des Ukrainiens, programme d’allégement budgétaire oblige. En contrepartie, le gouvernement autorise les cantons à maintenir une aide sociale réduite.
«C'est très bien de déconstruire la mythologie selon laquelle les Ukrainiens gagnent plus que les autres»
La directrice d’une association d’aide à l’intégration ne le voit pas d’un mauvais œil: «Le plus important, c'est que l'aide ne baisse pas et que les gens ne perdent pas le niveau qu'ils ont aujourd'hui, estime Nadiia Olarean, directrice de Ukraine Reborn. C'est très bien de déconstruire la mythologie selon laquelle les Ukrainiens gagnent plus que les autres parce que ce n'est pas vraiment le cas. Aujourd'hui, les Ukrainiens ont environ 30 % moins que la moyenne des gens à l’aide sociale.»
«Si ça n'avait pas été fait de cette manière-là, tout le monde aurait dit que Genève est trop généreux»
Cette décision du département de la Cohésion sociale sera soumise au Grand Conseil dans le courant de l’automne. La gauche regrette que Berne mette les cantons au pied du mur en coupant sa contribution, mais soutient son ministre: «Il s'agissait de s'adapter devant une décision de la Confédération, d'avoir une décision équitable entre tous les cantons suisses, soutient Sylvain Thévoz, député socialiste. Si ça n'avait pas été fait de cette manière-là, tout le monde aurait dit que Genève est trop généreux, que Genève offre davantage, ce qui est de toute façon faux, mais ça aurait porté le flanc à la critique. Là, il y a une décision cohérente.»
«Ça peut être un moyen d'encourager encore davantage les Ukrainiens à entrer sur le marché du travail»
À Genève, seulement 19,7% des réfugiés ukrainiens travaillent, contre 38% en moyenne suisse. Le taux d’activité des Ukrainiens établis depuis trois ans à Genève est plus haut, à 25,3%, mais la moyenne suisse l’est tout autant, à 49%. Dernier du classement, Genève explique ce faible taux par le chômage structurel. D’autres facteurs peuvent aussi compter, selon Nadiia Olarean: «Il y a moins de travail temporaire et saisonnier, plus accessible aux personnes au bénéfice d’un statut temporaire. Je pense que dans un marché très qualifié, il faut que le statut qui permette le travail soit un peu plus durable qu'un an pour inspirer confiance aux employeurs.»
La droite espère que cette décision de ne pas revaloriser le montant des aides poussera les Ukrainiens au travail: «Effectivement le taux d’emploi genevois est le plus bas de Suisse, ce qui est vraiment assez affolant par rapport au canton qui a le taux le plus élevé, soit 68%, constate Natacha Buffet-Desfayes, députée PLR et membre de la Commission des affaires sociales. En l'occurrence, je pense que ça peut être un moyen d'encourager encore davantage les Ukrainiens à entrer sur le marché du travail.»
Le calcul des économies réalisées grâce à la décision de Thierry Apothéloz est en cours. Au projet de budget 2027, les charges de la cohésion sociale augmentent encore de 170 millions de francs.