Travaux à la rue de Carouge: «Le coup de massue qui nous a tués»
À la rue de Carouge, les travaux ont porté le coup de grâce à plusieurs commerces. Entre bruit incessant, poussière, trams détournés et rue devenue quasi impraticable, les clients désertent les lieux. Au moins trois enseignes viennent de jeter l’éponge.
-50%, -60%, voire -70 %. À contrecœur, Sylvia Inkei commence à liquider sa boutique. Depuis 2016, elle tient la boutique Joy Madal et vend glaces véganes, petits objets et accessoires en tout genre. Déjà fragilisée par le Covid, le chantier gigantesque de la rue de Carouge qui a fini par l’achever. «C’est le coup de massue qui nous a tués , soupire-t-elle. La poussière, le bruit, le manque de passage... On avait 300 clients par jour et maintenant on en a 30. C’est le moment de changer de métier à 60 ans.»
En tant qu’indépendante, elle n’aura pas droit au chômage. Tout comme Laurence Baiotto, la patronne du salon de coiffure Le Comptoir de l’Art. Elle cherche, sans succès, à remettre son arcade. «Si je fais un dépôt de bilan, je perds ma garantie bancaire par rapport à la caution du salon. Donc je n’aurai plus rien, je n’ai pas le choix. J’en suis à faire des crédits à la consommation pour payer mes factures.»
«J'ai l’impression qu’on n’est pas entendus, pas écoutés, pas compris»
Laurence Baiotto espère toujours des indemnités de la Ville de Genève, comme de nombreux commerçants impactés. Mais son regard est amer: «Je me sens abandonnée, délaissée. On ne nous a pas soutenus pendant le Covid (…) et là, on recommence. J'ai l’impression qu’on n’est pas entendus, pas écoutés, pas compris.»
Homous & Co met la clé sous la porte
Un peu plus loin, la lumière d'une arcade est éteinte et les rideaux tirés depuis la mi-juillet. Ader Chatila a décidé de jeter l’éponge. Son restaurant libanais, Homous & Co, est situé à l’angle de la rue de Carouge. Quelques mois en arrière, il avait déjà subi les travaux du boulevard du Pont-d’Arve. «Ça fait un an qu’on met de notre poche et on a perdu beaucoup. Il n’y a rien à faire. On a demandé à l’État des aides, mais ils ont tout refusé. Ils ont dit que c’est pour notre bien, pour le futur. Mais on n’a pas pu tenir deux mois.»
Un projet de délibération est actuellement en commission des finances du Conseil municipal. Il vise à indemniser les commerces affectés par les chantiers publics, comme à la rue de Carouge. Le texte pourrait prendre plusieurs mois avant d’être voté, sauf si le Conseil administratif demande un crédit d’urgence pour débloquer rapidement des fonds.