Trop peu d’arbres, mal répartis: le constat sévère de Harvard sur la canopée genevoise
Après deux ans de recherches sur l'arborisation du Grand Genève, la prestigieuse université américaine livre ses recommandations. Sarah Whiting estime que le Canton doit revoir sa stratégie pour atteindre son objectif de 30% de couverture arborée d'ici 2070.
Genève ne manque pas d'ambition en matière d'arborisation, mais les efforts restent insuffisants. C'est le constat dressé par des chercheurs de Harvard, après deux années d'études sur la canopée du canton. Aujourd'hui, la couverture arborée atteint environ 22%, proche de l’objectif de 2070 en valeur absolue, mais sa répartition reste très inégale.
«Quand on regarde très précisément, on voit que finalement, c'est très inégal, la couverture des arbres», souligne Sarah Whiting, doyenne du département d'architecture de Harvard. Entre 2013 et 2023, la canopée genevoise n'a progressé que d'un pourcent. Un rythme insuffisant pour atteindre les objectifs fixés dans les décennies à venir.
Changer de paradigme
Pour y remédier, Harvard propose notamment le concept de «mosaïque forestière», qui vise à créer un véritable réseau végétal à l'échelle du territoire. «On voit les arbres, la nature, un peu comme une infrastructure urbaine. C'est comme l'eau dans les robinets, comme l'électricité», explique la doyenne.
L'étude s'appuie également sur la règle des «3-30-300»: chaque habitant devrait pouvoir voir trois arbres depuis son logement, bénéficier de 30% de couverture arborée dans son environnement et se trouver à moins de 300 mètres d'un parc. Selon les données présentées, seuls 7,5% des habitants répondent actuellement aux critères évoqués.
Genève, un futur modèle pour la région?
Autre enjeu: adapter les plantations au réchauffement climatique. Certaines espèces, notamment certains érables, pourraient souffrir de la hausse des températures. Les chercheurs recommandent donc de diversifier les essences et d'anticiper leur évolution sur plusieurs décennies.
Malgré ces critiques, Sarah Whiting reconnaît les efforts entrepris par Genève. «Ce n'est pas tout faux, mais ça peut être mieux», tempère-t-elle. La doyenne espère même voir le canton devenir une référence au-delà de ses frontières: «Ça peut être un modèle pour la France à côté, mais pour toute la Suisse aussi.»
Les recommandations doivent désormais être présentées aux autorités genevoises. Sarah Whiting se montre optimiste quant à leur mise en œuvre: «Si Genève veut avoir cette couverture de 30%, on leur dit comment le faire.»