Un député vert veut interdire la publicité pour les compagnies aériennes
S’il ne se dit pas contre l’aviation, Julien Nicolet-dit-Félix veut décourager la surconsommation de ce moyen de transport. En face, la droite trouve la proposition absurde.
Fût une époque pas si lointaine où on glorifiait l'avion. Ces publicités pour Swissair, datant du siècle dernier, sont aujourd'hui utilisées comme objet d'art. «Avec la démocratisation des vols aériens, les affiches vont plutôt présenter l'accueil ou bien présenter la destination pour faire rêver. L'avion va devenir de plus en plus petit, voire même disparaître. Et par contre, on aura des beaux paysages, on aura de l'émotion pour inviter les gens au voyage», décrit Jean-Daniel Clerc, fondateur de la galerie 1 2 3 et passionné par ces affiches.
Pourtant, elles pourraient symboliser un temps révolu. Le député vert Julien Nicolet-dit-Félix veut interdire les campagnes des compagnies dans l'espace public, une mesure déjà appliquée à Amsterdam. Pour lui, elles encouragent les voyages compulsifs. «Les compagnies créent des besoins de voyage qui ne sont pas du tout spontanés. En définitive, le message, c'est vu que ce n'est pas cher, allez-y, précipitez-vous à Barcelone, à Amsterdam, à Oslo. Et ça, ça pose des problèmes énormes, ça pose des problèmes environnementaux, des problèmes de bruit, ça pose aussi des problèmes de surtourisme dans ces villes. Et c'est contre ça qu'on essaye de lutter. Nous, on estime qu'à l'échelon cantonal.»
Une mesure saluée à gauche, qui y voit une analogie avec d'autres thèmes: «Le parallèle avec le tabac et l'alcool, à mon sens, a toute sa pertinence. Pourquoi? Parce que le tabac, l'alcool, c'est la santé individuelle et réduire l'aviation, c'est la santé collective, commente Matthieu Jotterand, chef de groupe socialiste. C'est des comportements qui sont nocifs pour la santé. Et je ne crois pas que ce soit extrême parce qu'en fait, on se préoccupe de la santé collective.»
«Une telle législation serait très facile à contourner»
La droite s'insurge contre cette proposition. Au PLR, on se questionne sur son efficacité. «Une proposition comme celle-ci ne va pas dissuader les gens de voyager et c'est tant mieux parce que si on veut découvrir le monde dans lequel on vit, malheureusement parfois il faut franchir des océans et pour ça il n'y a pas d'autre choix que de prendre l'avion, réagit Murat-Julian Alder, chef de groupe. Une telle législation serait très facile à contourner, notamment par les réseaux sociaux, puisque le canton de Genève n'a absolument aucune possibilité d'intervenir.»
Pour l'UDC, le député vert va trop loin: «Pour lui, la Constitution tiendrait en un seul article. Tout est interdit, sauf dérogation accordée par Les Verts. S'il déposait ce texte, ça nous arrangerait parce qu'on pourrait régler la question une fois pour toutes, plutôt que de devoir chaque mois se coller une autre illumination législative», glisse Yves Nidegger.
Le débat est ouvert. Ce n'est pas la première fois que les publicités sont remises en cause. À l'échelle communale, Vernier et Lancy ont interdit ces dernières années les réclames dans leurs rues.