Genève

Un gros trafic de denrées alimentaires pour les épiceries démantelé

24.09.2026 18h41 Delphine Palma

douane

Parti d’un simple contrôle routier dans le canton de Vaud, une enquête des douanes a révélé un trafic alimentaire organisé entre la France et la Suisse. En un an, quelque 110 tonnes de marchandises ont franchi illégalement la frontière pour approvisionner huit épiceries, principalement genevoises.

Tout commence en avril 2024 sur l’autoroute, près de Bursins, dans le canton de Vaud. Lors d’un contrôle de routine, les gendarmes interceptent un chauffeur en état d’ébriété au volant d’une camionnette en forte surcharge. À l’intérieur: trois tonnes de denrées alimentaires non déclarées en provenance de France.

La découverte met les enquêteurs sur la piste d’un trafic d’une tout autre ampleur. Entre 2023 et 2024, quelque 110 tonnes de nourriture auraient ainsi été importées illégalement en Suisse: oignons, bananes, huile de tournesol, lait en poudre, mais aussi plus de cinq tonnes de nouilles coréennes particulièrement populaires sur les réseaux sociaux.

Au total, l’équivalent d’une quarantaine de camionnettes aurait permis d’approvisionner huit épiceries vaudoises et surtout genevoises. Un trafic organisé depuis la France, et même dirigé depuis Paris.

Selon les douanes, la force du franc et les prix plus attractifs pratiqués en France rendent ce type de contrebande particulièrement lucratif. «Même en calculant le coût du trajet pour revenir en Suisse depuis Paris, il y a toujours des bénéfices si on passe sous les sapins», explique Jean-Claude Duvoisin , chef de l'antifraude à l'Office fédéral des douanes. 

«Une concurrence déloyale»

Pour les épiceries qui importent leurs produits dans les règles, cette contrebande est difficile à accepter. Dans une épicerie spécialisée interrogée dans les produits importés du Portugal, les marchandises passent systématiquement par un transitaire professionnel et sont soumises aux taxes et droits de douane. «Il faut du temps, il faut beaucoup d’argent, parce que la douane, ce n’est pas donné», explique Manuel De Almeida. «Notre plus gros problème, c’est  les taxes non payées à la douane. C’est de la concurrence déloyale.»

L’enquête s’est soldée par l’interpellation de cinq suspects, trois en France et deux en Suisse. Ils s’exposent notamment à des peines de prison et à de lourdes amendes. Pour les ressortissants étrangers domiciliés en Suisse, une expulsion du territoire peut également entrer en ligne de compte.