Un nouveau spectacle annulé à la Comédie de Genève
Des artistes serbes en situation de handicap sont restés bloqués à l’aéroport puis renvoyés, faute de visas. En cause: un couac administratif de la Comédie.
Mauvaise surprise pour des artistes serbes engagés pour Le Sacre du printemps, un spectacle de la Comédie de Genève, en partenariat avec la Bâtie. Atteints de handicaps, trois interprètes, accompagnés de leur assistante personnelle et du directeur technique de la compagnie, ont été retenus de longues heures à leur arrivée à l’aéroport, puis refoulés, le 9 août dernier. La Comédie n’avait pas réalisé les démarches administratives adéquates pour l’obtention des documents leur permettant de jouer à l’étranger.
La direction de la Comédie qui pallie l’absence de Séverine Chavrier mais «sans incarner l’institution», précise-t-elle, ne s’explique que par écrit: «La mise en œuvre de ce projet est soumise à des démarches administratives et de procédures de visa applicables à certains accords bilatéraux particulièrement complexes. Malgré les démarches engagées, certaines conditions nécessaires à sa présentation n'ont malheureusement pas pu être réunies dans les délais escomptés.» Résultat: les représentations sont annulées, au vu de l’épreuve subie par ces artistes vulnérables.
«Un théâtre sans direction générale ne peut pas fonctionner»
Cette bévue administrative fait bondir la directrice écartée en novembre dernier, Séverine Chavrier, qui avait porté ce projet: «Un théâtre sans direction générale ne peut pas fonctionner. C'est quand même très grave que ce soient des artistes en situation de grande fragilité qui payent pour cette vacance de responsabilité que la Fondation d’art dramatique (FAD) entretient depuis des mois, occupée à invisibiliser mes résultats, à minimiser mon travail et ma compétence. Une direction digne de ce nom a les contacts diplomatico-politiques pour débloquer une situation de ce genre.»
Pour elle, la responsabilité de cette pantalonnade revient à la Fondation, qui l’a licenciée alors qu’elle était en arrêt maladie - un licenciement nul étant donné cette situation: «La FAD est responsable de cette vacance de responsabilité, des risques psychosociaux de l'équipe laissée seule à la dérive, qui croit qu'elle peut diriger un théâtre seul.» Elle ajoute qu’un tel laxisme est dangereux, ce métier étant à risques, sur les plateaux par exemple.
«Nous avons convoqué les deux directrices responsables, elles ont été sermonnées»
Interpellé, le président de la Fondation, Philippe Juvet, explique que son rôle n’est pas d’obtenir des visas, mais de remettre au pas les employés incompétents: «Le bureau de la FAD a été informé trop tard de ce problème administratif et nous en sommes désolés. Nous avons convoqué les deux directrices responsables, elles ont été sermonnées.»
Dans l’intervalle, les artistes ont obtenu les visas pour revenir à Genève. Mais la direction de la Comédie a décidé de leur épargner les représentations, au vu du stress subi. Ils mettront à profit ce temps pour répéter, avant de partir en tournée internationale, à la Maison de la danse à Lyon, au Théâtre de la ville à Paris, à Hambourg, à Chambéry. Le Sacre du printemps devrait revenir au bout du lac en 2027, au pire en 2028. Pour l’heure, la Comédie ne peut pas être plus précise.