Genève

Uni Bastions: derrière l'«effet pixel», l'histoire des restaurations

31.08.2026 18h55 Lucie Hainaut

Uni Bastions Uni Bastions

Depuis la rénovation d'Uni Bastions, des pierres très claires donnent à la façade un aspect «pixelisé» dénoncé par SOS Patrimoine. Ces éléments ne sont pourtant pas nouveaux: ils proviennent de restaurations antérieures. Le canton assume le choix de les conserver.

Depuis le parc des Bastions, difficile de ne pas les remarquer. Sur la façade fraîchement nettoyée de l'université, plusieurs pierres presque blanches tranchent avec la molasse plus foncée. Un contraste qui interpelle certains passants.

«Ça m'a semblé étrange au début, ça tranche. C'est asymétrique, donc ça perturbe un peu mon œil», témoigne l'un d'eux.

Des pierres antérieures à la dernière rénovation

Contrairement à ce que leur couleur pourrait laisser penser, ces pierres n'ont pas été installées lors du chantier débuté en septembre 2022. Elles proviennent de restaurations précédentes. Le nettoyage de la façade les a simplement rendues beaucoup plus visibles.

Pour SOS Patrimoine, cet «effet pixel» nuit à l'harmonie architecturale de l'ensemble. Une façade comme celle d'Uni Bastions est composée de nombreux éléments décoratifs qui doivent être perçus comme un tout selon Pierre Baertschi, ancien conservateur cantonal.

Avant les derniers travaux, chaque pierre du bâtiment a été cartographiée par un bureau d’architectes: «La cartographie est un outil qui nous permet de repérer les matériaux qu'on a sur les façades, leur état de conservation ainsi que les interventions» explique Roberta Zaccara, architecte-conservatrice au service des monuments, qui a suivi le chantier pour le canton.

Faire des arbitrages

Pourquoi, alors, ne pas simplement remplacer les pierres blanches par de la pierre d'une teinte plus proche de celle du bâtiment, de la molasse verte? Pour le canton, l'opération serait trop invasive.

«La construction d'un bâtiment, ce n'est pas une construction en Lego» souligne Roberta Zaccara. Retirer une pierre peut avoir des conséquences sur les éléments voisins, les joints et même la statique du bâtiment.

Un remplacement généralisé irait ainsi à l'encontre du principe d'«intervention minimale» appliqué en matière de restauration du patrimoine.

Autre possibilité envisagée: peindre les pierres pour atténuer le contraste. Là encore, le canton a renoncé. La peinture et la pierre vieillissent différemment, avec le risque de rendre le résultat encore moins harmonieux après quelques années.

Une trace de l'histoire des restaurations genevoises

Uni Bastions est loin d'être un cas isolé. Des pierres de remplacement plus claires sont également visibles sur bon nombre de bâtiments de la ceinture fazyste. Ce type d'intervention a longtemps été pratiqué à Genève.

Plutôt que d'effacer ces restaurations successives, le canton choisit donc de les considérer comme faisant désormais partie de l'histoire des édifices.

À Uni Bastions, les pierres blanches resteront ainsi en place. Elles seront remplacées par des pierres plus foncées uniquement lorsqu'elles seront suffisamment dégradées pour nécessiter une intervention.