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27 mars 2020 - 19h31

Didier Pittet: «Nous sommes face à la vague»

Didier Pittet, médecin chef de la prévention et du contrôle des infections aux HUG était l'invité du Journal ce soir. Il commente les derniers chiffres annoncés par l'Office Fédérale de la Santé Publique et répond aux nombreuses questions que se pose la population suisse, confinée depuis presque deux semaines. 

Une vague un peu étalée

Alors qu’hier, les chiffres annonçaient une possible diminution des cas à Genève, les données sont plus pessimistes aujourd’hui. Des chiffres qui sont difficiles à analyser. «Nous sommes en face de la vague, explique Didier Pittet. Il faut donc s’attendre à des fluctuations.» Toutefois, le médecin rassure: «Cette vague ne monte pas de manière exponentielle. Elle est déjà un peu tassée ce qui est un très bon signe. »

Quand atteindrons-nous le pic de cette vague? Difficile à prédire pour le Dr. Pittet. Une chose semble toutefois claire: nous n’allons pas vers ce pic de manière verticale et sans aucun contrôle. Une vague plus étalée donc, qui devrait durer plus longtemps mais qui permet de gérer les cas les uns après les autres. Et si le nombre d’hospitalisations est en hausse, le médecin rappelle que, tous les jours, des gens sortent également de l’hôpital. 

Un grand feu de forêt

Une Suisse semi-confinée depuis deux semaines qui aimerait bien voir les résultats de ces mesures. Il faudra toutefois attendre, selon le médecin chef des HUG: «La courbe d’hospitalisations que nous voyons en ce moment, c’est le résultat des efforts des 6 à 8 dernières semaines. Les effets des mesures de confinement du Conseil Fédéral ne se verront que la semaine prochaine… ou même celle d’après.»

Des mesures qu’il faut donc continuer à respecter et ce, malgré les beaux jours qui arrivent. Mais jusqu’à quand? Si elles sont prévues jusqu’au 19 avril, le professeur Pittet est clair: tout ne repartira pas d’un coup à cette date. «Il faut comprendre que nous sommes dans un immense feu de forêt. Nous avons lancé des canadairs qui tentent d’éteindre ce feu mais une fois qu’il sera éteint, il faudra être prêt à éteindre les petits foyers qui apparaitront par la suite.» Si un déconfinement a lieu dès le 19 avril, celui-ci se fera donc étape par étape.

Une courbe suisse particulièrement raide

Dans les médias et sur internet, on trouve beaucoup de graphiques de comparaison entre les différents pays. La courbe de la Suisse semble être la plus raide et la plus rapide. Mais comment évaluer ces chiffres? «Le tout début de la courbe, donc les 14 premiers jours, est à peu près toujours le même dans tous les pays», explique le médecin. Quant à la suite de l'évolution, elle dépend de la capacité de détection des nations. 

Un pays se démarque par sa courbe relativement plate: la Corée du Sud. Quel est le secret du pays? Didier Pittet l’explique, l’origine de l’épidémie en Corée du Sud est très différente. Ensuite, le pays a appliqué une politique de dépistage massif.

Faut-il dépister tout le monde en Suisse?

Alors pourquoi ne pas suivre la Corée du Sud et dépister tout le monde en Suisse? «Ce serait le rêve!», pour le médecin. Mais, alors que le stock de réactif était faible, il a fallu établir certaines priorités. Une décision qui n’a pas eu un énorme impact au niveau de l’intervention puisque les dernières mesures ont confiné l’ensemble de la population. À noter toutefois que, depuis aujourd’hui, le dépistage à plus large échelle peut recommencer puisque la Suisse a reçu un stock important de réactif. Une manière de mieux connaître la situation actuelle à Genève et dans le pays. «Lorsque vous êtes symptomatiques, il faut absolument être dépisté pour recevoir les meilleurs conseils thérapeutiques et en matière de quarantaine.»

 

Beaucoup de faux experts et de fausses informations

«En 5 jours, tout d’un coup, certains deviennent des experts sur les réseaux sociaux. Pour nous, c’est un vrai problème car nous recevons des messages de panique qui transmettent de fausses informations», déplore le médecin chef. Un vrai travail de ré-information que doivent faire les HUG dans une période où le temps vient à manquer. Didier Pittet répond à certaines de ces «fake news».

Le risque de contamination par le sang existe

«Le risque de contamination n’existe pas», explique le Dr. Pittet. Le seul risque? Qu’un patient soit transfusé avec le sang d’un malade du coronavirus. «Une chose qui n’arrive jamais», sourit le médecin. 

Il faut laver ses légumes avec de la javel

Une pratique hautement déconseillée par le médecin, l’eau étant suffisante. «Ce serait dommage d’enlever tout le goût du légume!»

Le virus peut s’attraper en touchant les poignées de portes ou les boutons de l’ascenseur

Si quelqu’un d’infecté crache sur les boutons de l’ascenseur, vous pourrez peut-être tomber sur le virus en appuyant dessus. Toutefois, le médecin précise: «Dans la règle de la vie de tous les jours, vous ne trouverez pas ce virus partout dans l’environnement.»

Le virus peut rester dans l’air d'une pièce qui n’est pas aérée

Le médecin le répète: le virus ne reste pas dans l’air. «Il faut imaginer que, si je suis malade et que je tousse, le virus va tomber par terre. Et sera ensuite nettoyé.»

Il faut désinfecter ses chaussures et les rues

«Pauvres chaussures», sourit le médecin qui est formel: pas besoin de nettoyer ses chaussures. Quant aux rues, il n’est pas nécessaire de les désinfecter non plus. Cette pratique pourrait même s’avérer dangereuse. «Lorsque l'on met du désinfectant dans l’environnement, certaines bactéries pourraient développer des résistances. Il faut donc éviter ce genre d’interventions qui ne sont pas strictement nécessaires.»

On peut attraper plusieurs fois le virus

Non, selon le professeur. En revanche, on peut être en contact avec lui plusieurs fois. Lorsqu’on a attrapé le COVID-19 une première fois, notre corps crée des anticorps, comme il le fait contre tous les virus existant. «Et la prochaine fois qu’on sera en contact avec lui, nos anticorps vont immédiatement le neutraliser. Peut-être qu’on fera un petit rhume qui passera inaperçu.»

 

Léa Frischknecht

 

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