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30 octobre 2020 - 19h03

Pénurie de chirurgiens spécialisés en réassignation sexuelle

Le Conseil national a récemment accepté un projet pour simplifier les procédures de changement de sexe pour les personnes transgenres. Un pas en avant en la matière. Cependant un aspect reste problématique : le manque de chirurgiens aptes à effectuer ces opération de réassignation sexuelle. Associations et patients tirent la sonnette d’alarme. 

Laetitia a 54ans. Née dans un corps aux attributs masculins, elle a entamé sa transition il y a maintenant près de 7 ans. Puis en 2014, déterminée, elle commence la chirurgie. D’abord avec le haut du corps, puis en 2015 avec une vaginoplastie, la création d’un néo-vagin.

Six mois après, Laetitia sera admise au service de chirurgie viscérale. Il s’agit alors de greffer un bout de colon à ce néo-vagin pour rallonger l’organe, mais rien ne se passe comme prévu.

Dix opérations en quatre ans

Infection, complications nécessitant même d’être réanimée. Laetitia vit alors ce qu’elle qualifie d’enfer.  Dix opérations en l’espace de 4 ans. Aujourd’hui si elle vit enfin accord avec son identité de genre, le traumatisme demeure. Elle dénonce des opérations pratiquées par des médecins non spécialisé. 

Cette réflexion sur le manque de formation des chirurgiens est aussi l’objet d’un combat que mène la présidente de l’association Epicène. "C'est un désert médical, la situation est vraiment aride!" explique Lynn Bertholet.

En Suisse, seuls les hôpitaux Bâle et Lausanne réalisent des opérations de ce type. Devant le peu de corps médical spécialisé, beaucoup regardent au-delà des frontières pour se faire opérer. Ce en dépit des coûts très élevés et parfois des risques sanitaires. Alors Lynn Bertholet milite aujourd'hui pour qu'un centre spécialisé soit créé en Suisse.

Pas de formation et une spécialité qui effraie

A défaut d’un Centre national. Il existe depuis 2014 un réseau romand composé de près de vingt spécialistes. Tous collaborent sur la question de la prise en charge médicale globale des personnes souffrant de dysphorie de genre. 

Ce réseau, le professeur Lorenzo Soldati en fait partie. Pour lui, la Suisse reste dans la moyenne Européenne en la matière. Mais si la prise en charge globale des personnes transgenres se développe lentement en Suisse, la chirurgie des parties génitales reste un domaine de niche.

A Genève ni les HUG ni la Faculté de médecine ne donnent de formations théoriques ou pratique. Dans l’hopital vaudois, seul un chirurgien est formé spécifiquement pour ces actes chirurgicaux. C’est lui qui réalisé le néo vagin de Laetitia, avant que d’autres chirurgiens ne prennent la suite.

Formé lui-même au Canada, en Belgique et à Bordeaux en France, il pratique désormais depuis 10 ans. Pour expliquer le manque de chirurgien spécialisé en Suisse, il décrit une formation longue, coûteuse mais surtout  une sur-spécialité très difficile… jusqu’à rebuter tous les intéressés. 

"Une fois qu'ils voient comment on fait ce genre d'opération... ils ne veulent pas se spécialiser dedans.", regrette Olivier Bauquis. 

Manque d’intérêt du monde médical et universitaire, bras de fer avec les assurances maladies. Le docteur Bauquis espère lui aussi une relève et aimerait qu’il y ait des discussions. Quant à l’idée d’un centre dédié… c’est un rêve qui frôle presque l’utopie. " Mais demain, si cela existe je signe ! J'attends de l'aide", s'exclame le chirurgien vaudois. 

Discussions en cours

L’Office fédérale de la Santé Publique cherche ajd à harmoniser la prise en charge des personnes souffrant de dysphorie de genre. La question de la formation des chirurgiens sera-t-elle placée au centre des échanges? Une chose est sûre : patients, association et medecins, tous trois espèrent que l’écho de leur message retentira jusqu’à Berne. 

 

P. Wittge / J. Zaugg

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