Népotisme aux SIG: l'enquêteur «indépendant» était l'avocat de la régie
Présenté comme «indépendant» par les SIG, l’enquêteur Stéphane Voisard ne l’est définitivement pas. Auteur d’un rapport étonnamment clément envers l’ex-directeur général sur les affaires de népotisme, l’avocat a défendu la régie publique en justice à plusieurs reprises et facturé pour 255’000 francs d’honoraires depuis 2016, révèle Léman Bleu.
«Externe et indépendant», avait dit Robert Cramer, président des SIG, à propos de Me Stéphane Voisard qui a réalisé l’enquête sur les soupçons de népotisme aux SIG. Or une action en transparence menée par notre rédaction auprès des SIG montre qu’au fil des années, l’homme de loi a additionné les mandats confiés par les SIG.
Depuis 2016, il a réalisé six mandats de conseils et d’enquête. Mais, plus surprenant, il a aussi défendu la régie publique à trois reprises dans le cadre de litiges, dont un devant le tribunal civil de première instance. Autrement dit, il était dans ces cas-là l’avocat les SIG. Total des honoraires perçus: 255’000 francs.
En août dernier, Léman Bleu et la Tribune de Genève révélaient que l’enquête administrative menée par Me Stéphane Voisard avait écarté de ses conclusions l’existence d’écrits accablants. Ces derniers montraient comment l’ex-directeur général Christian Brunier avait lourdement insisté pour favoriser l’embauche d’une proche.
«Il est indépendant puisqu’il exerce la profession d’avocat»
Ces mails, tranchant avec l'étonnante clémence de l'audit qui avait balayé tout soupçon, n’avaient pas manqué de semer le doute quant à la potentielle complaisance de l’avocat-enquêteur. Sans fondement, selon les SIG, qui assuraient à Léman Bleu: «L’enquêteur a agi librement et en toute indépendance.»
Mais cette version ne tient plus. Pourquoi parler d'indépendance alors que ce Monsieur était en réalité l'avocat des SIG? Pourquoi avoir caché l'existence de ce lien? Interpellé, Robert Cramer répond non sans humour: «Il me semble effectivement que Maître Voisard est tout à la fois «externe» puisqu’il n’est pas employé de SIG et «indépendant» puisqu’il exerce la profession d’avocat.»
«On peut tourner les mots comme on veut, c’est un mensonge»
L’affaire fait réagir les députés, y compris à gauche. «Moi qui étais dans le privé, je n’ai pas vu autant de magouilles!», tonne Alberto Velasco, vieux loup socialiste pourtant réputé proche de l’ancien directeur général: «Ce qui m’interpelle, c’est que la personne présentée comme indépendante par les SIG est en réalité l’avocat de l’entité, payé par cette entité. C’est là qu’il y a un problème.»
Au Centre, Patricia Bidaux déplore une rutpure du lien de confiance: «Comment rétablir la confiance avec le président des SIG alors qu’il nous a regardé droit dans les yeux pour nous dire que tout était sous contrôle et qu’une équipe externe, pas si externe que cela, avait été mandatée pour faire le travail?»
La députée, plutôt fâchée, va même plus loin: «On peut tourner les mots comme on veut, quand ce n’est pas la vérité, c’est un mensonge. C’est la première chose que l’on dit à un enfant.» De son côté, Alberto Velasco vante les grandes qualités d'homme d'État de Robert Cramer, mais reconnaît, sourire en coin: «C'est un politique. Il défend son entité, quitte à ne pas dire les choses comme elles sont.»
Avis de tempête sur les relations entre le Grand Conseil et la régie publique. Selon nos informations, les SIG occuperont prochainement la commission de contrôle de gestion du Grand Conseil qui a reçu plusieurs nouvelles alertes ces derniers mois.