Drame de l’Arve: trois cadres des SIG désormais prévenus pour homicide par négligence
Quatre ans après la mort d’une jeune policière, de son chien et d’un joggeur dans l’Arve, l’enquête pénale franchit une nouvelle étape. Trois cadres des SIG sont désormais mis en prévention pour homicide par négligence ont appris Léman Bleu et la Tribune de Genève. Ils étaient auditionnés ce jeudi par le Ministère public.
Quatre ans après le drame, les responsabilités individuelles commencent à être examinées par la justice. Trois cadres des Services industriels de Genève, directement liés à l’installation électrique défectueuse de Vessy, sont désormais prévenus aux côtés de la régie publique, elle-même mise en prévention fin 2024 pour homicide par négligence.
L’instruction est désormais conduite par la procureure Aude Baer. Les trois hommes auditionnés ce jeudi occupaient des fonctions directement liées au système électrique de répulsion des poissons à l’origine du drame. Deux d’entre eux étaient chargés de superviser les contrôles et la maintenance de l’installation. Le troisième travaillait sous leur responsabilité.
«Nous espérons une reconnaissance des faits»
Pour Me Thomas Barth, avocat de la famille du joggeur décédé, cette nouvelle étape doit permettre d’obtenir enfin une reconnaissance des manquements: «On espère surtout une reconnaissance des responsabilités. Nous espérons que les personnes qui vont être mises en prévention reconnaîtront les faits et admettront les négligences dans ce dossier. Les victimes ont vraiment besoin d'entendre des mots précis de leur part.»
Des excuses toujours attendues
Les familles attendent également des excuses. Lors de la mise en prévention des SIG en décembre 2024, aucune n’avait été formulée par la régie publique.
Gilbert, le père de Frédéric, le joggeur mort en tentant de porter secours à la jeune policière, était lui aussi présent devant le Ministère public: «J’attends davantage des trois personnes qui vont être interrogées, des trois prévenues. Peut-être quelques mots de compassion, peut-être quelques mots de regret, voire d'excuses, puisque je ne les ai pas encore reçues de la part des SIG.»
«Je pense à mon fils. 4 ans, c’est long»
Quatre ans après les faits, il insiste surtout sur la souffrance des deux familles: «Si on pouvait ne pas penser au juridique, mais penser à la souffrance de l'être humain, je pense par exemple à la maman d'Elsa qui, pendant quatre ans, remémore ce qu'elle a vu pendant quatre ans et n'a pas de réponse. Et ça, je crois que pour elle, c'est très long. J'aimerais quand même avoir une grosse pensée pour elle. Quant à moi, je pense à mon fils, bien sûr. 4 ans, c'est long. Je n'ai pas de réponse. Je n'en attends pas. J'attends simplement la fin, si possible, de cette histoire.»
Des alertes et des pannes pendant plusieurs années
Le dossier d’instruction, dont Léman Bleu et la Tribune de Genève avaient révélé des éléments en 2024, fait état d’une longue succession de défaillances autour du répulseur à poissons installé en 2008 à Vessy. Le dispositif injectait un courant électrique dans l’eau afin d’empêcher les poissons de rejoindre les turbines de la centrale.
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Selon l’enquête, l’ordinateur de contrôle était hors service depuis 2019 et le système de climatisation était tombé en panne en 2020. Des rapports de maintenance signalaient régulièrement ces problèmes sans qu’ils soient résolus. Le technicien chargé du suivi avait expliqué aux enquêteurs: «Tout se faisait par avis sur notre système. Je faisais des avis et les responsables les fermaient sans pour autant que le problème ne soit réglé.»
Les enquêteurs s’intéressent également à l’absence de mesures régulières de l’intensité du courant injecté dans l’eau et à une signalisation jugée insuffisante autour de l’installation. La veille du drame, le 31 août 2022, une surconsommation électrique avait par ailleurs été détectée sur le site, sans conduire à une intervention approfondie.
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Le 1er septembre 2022, le drame
Ce jour-là, Elsa, 28 ans, se promène au bord de l’Arve avec sa mère. Son chien entre dans l’eau et se retrouve en difficulté. La jeune policière tente de le secourir avant d’être à son tour victime du courant électrique.
Alerté par les cris, Frédéric, qui faisait son jogging à proximité, se jette dans l’Arve pour lui venir en aide. Lui aussi est électrocuté. Les deux victimes seront retrouvées sans vie plusieurs heures plus tard après que les secours ont confirmé la présence d’électricité dans l’eau et fait couper l’installation.
L’enquête doit désormais déterminer la responsabilité exacte de chacun dans la maintenance et la surveillance du dispositif. Les avocats des trois cadres mis en prévention n’ont pas souhaité s’exprimer. Les prévenus, comme les SIG, bénéficient de la présomption d’innocence.